ALIMENTAIRE (COMPORTEMENT)


ALIMENTAIRE (COMPORTEMENT)
ALIMENTAIRE (COMPORTEMENT)

LE COMPORTEMENT alimentaire représente l’une des caractéristiques essentielles de l’animal; il est même, parfois, la seule évidence de l’animalité, si l’appareil locomoteur fait défaut, comme c’est le cas pour les Spongiaires.

Dans la mise au point des organes qui assurent l’alimentation de l’animal, la nature se montre étonnamment prodigue en solutions d’une extraordinaire diversité. Aucune autre fonction n’a suscité autant de mécanismes puissamment finalisés. Leur description ne prendra pas place dans le présent ensemble et le lecteur voudra bien se reporter à des articles d’anatomie ou de systématique pour compléter son information sur ce point particulier (cf. ANNÉLIDES, ARACHNIDES, CRUSTACÉS, DENTS, ÉCHINODERMES, INSECTES, MOLLUSQUES, OISEAUX, SPONGIAIRES).

Pour l’animal, quelle que soit la sophistication ou la simplicité – voire l’absence complète – de son appareil buccal, la conduite alimentaire représente avant tout la satisfaction d’un besoin vital irrépressible. Dans l’économie générale du monde vivant terrestre, autrement dit de la biosphère , l’animal est hétérotrophe. Cela signifie que, s’il est capable de constituer en lui des réserves nutritives organiques, il est tout à fait incapable d’en faire la synthèse à partir de nutriments minéraux. Autrement dit, il a besoin de consommer des matières organiques déjà présentes dans le milieu environnant. Seules les plantes sont ici en mesure de fournir aux animaux les matériaux alimentaires qui leur sont indispensables pour vivre. C’est pourquoi le flux de matière (et d’énergie) qui circule dans la biosphère emprunte les voies des écosystèmes à l’intérieur desquels le réseau trophique lie les végétaux chlorophylliens – producteurs – aux animaux – consommateurs primaires (herbivores) ou secondaires (carnivores).

Cette dépendance à l’égard des ressources du milieu est une contrainte majeure. Elle marque profondément le comportement alimentaire de l’animal: il s’inscrit dans une nécessité interne de survie qui obéit à un système de régulation fondamental. Chez certaines espèces, il programme essentiellement l’ontogenèse en commandant le déroulement des phases larvaires, jusqu’à ce que l’adulte puisse se livrer à l’activité reproductrice. Dans d’autres espèces, comme chez l’homme, le programme ontogénique est relayé par un programme homéostasique qui stabilise l’adulte dans une certaine durée. Cette situation implique une activité consommatoire dont la régulation a pour objet l’équilibre dynamique des entrées et des sorties de matière et d’énergie. Dans le cas des organismes à développement biphasique, c’est l’appareil neuroendocrinien qui est le maître d’œuvre des régulations alimentaires.

Dans ce contexte, le comportement alimentaire humain échappe aux normes qui canalisent celui des animaux, car il est tributaire de la dimension psychique exceptionnelle qui est propre à l’espèce humaine. Elle l’a conduite tout d’abord à s’approprier entièrement la biosphère, sortant ainsi du cadre écologique restreint dans lequel toute vie animale s’inscrit obligatoirement et tendant même à en extraire aussi d’autres espèces, à son usage domestiquées et désormais artificiellement conditionnées. Elle a introduit en outre une connotation culturelle, qui procède de la ritualisation sociale à laquelle l’humanité est vouée. C’est pourquoi «autant que la sexualité, la nourriture est inséparable de l’imagination» (J.-F. Revel). Si l’on écarte les représentations oniriques des conduites alimentaires, le contenu de l’imaginaire, dans l’attente de la satisfaction alimentaire concrète, se borne plutôt à un phénomène d’anticipation .

Comme dans le cas de la sexualité, il instaure une soif de jouissance qui a tendance à accaparer la conscience. Lorsqu’elle s’investit dans le champ matériel, cette pulsion est source de désordres – voracité, gloutonnerie, boulimie, dépendance et perversions; son inventaire jalonne un courant littéraire, dont Rabelais est l’illustre exemple. Sa frustration (supplice de Tantale) n’est-elle pas considérée comme une torture? D’où la fragilité et la difficulté des thérapeutiques qu’elle rend nécessaires [cf. THÉRAPEUTIQUE - Diétothérapie].

Pour réserver à la spiritualité sa place, comment freiner l’impérieux besoin autrement que par une sacralisation de l’acte consommatoire? C’est le versant raisonné du comportement alimentaire, avec tout ce qu’il comporte d’interdits ou de tabous alimentaires, en contrepartie d’une communion avec le divin. De cette moralisation de l’acte découle son usage comme moyen de pression dans les rapports de force entre l’individu et la société.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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